De nouvelles publications scientifiques du JGI font progresser les connaissances sur le comportement et la culture des chimpanzés de l’Ouest au Sénégal. 

Le Sénégal abrite le chimpanzé de l’Ouest (Pan troglodytes verus), une sous-espèce classée en danger critique d’extinction en raison de la perte et de la dégradation de son habitat, ainsi que de la pression humaine croissante dans toute l’Afrique de l’Ouest. On estime qu’il ne reste qu’environ 500 individus dans le pays, la plupart de ces chimpanzés vivant dans des espaces partagés avec les communautés locales. Depuis 2009, le Jane Goodall Institute Spain au Sénégal (JGIS) mène des travaux de recherche et de conservation de cette sous-espèce grâce à une approche holistique combinant la biosurveillance des chimpanzés, la conservation de leur habitat, des initiatives d’agroforesterie, des projets de développement communautaire durable et des actions visant à promouvoir la coexistence entre les humains et les chimpanzés. Au JGIS, nous sommes heureux d’annoncer la publication de deux nouveaux articles scientifiques évalués par des pairs, mettant en lumière d’importantes découvertes sur le comportement, l’écologie et la diversité culturelle des chimpanzés de l’Ouest (Pan troglodytes verus) dans le sud-est du Sénégal. Ces deux articles ont été publiés hier dans des revues scientifiques internationales et apportent des connaissances précieuses pour la conservation de cette sous-espèce en danger critique d’extinction. Ces études sont le fruit de travaux de recherche à long terme et d’activités de biosurveillance menés par l’Institut Jane Goodall Espagne au Sénégal, en collaboration avec des partenaires de recherche internationaux et des équipes de terrain locales travaillant dans la région de Dindefelo, l’un des rares sites de recherche à long terme consacrés aux chimpanzés de la savane en Afrique de l’Ouest.

1) Les stratégies de consommation des fourmis légionnaires par les chimpanzés ne présentent pas de schéma spécifique à un habitat donné. Publié dans Scientific Reports (Nature Portfolio). Article en libre accès : https://www.nature.com/articles/s41598-026-42278-5#citeasThis. Cette étude examine la manière dont les chimpanzés consomment des fourmis légionnaires agressives en recourant à des techniques de recherche de nourriture spécialisées et à l’utilisation d’outils. En comparant des populations issues de différents habitats, les chercheurs ont découvert que les chimpanzés ne suivent pas une stratégie unique spécifique à un habitat lorsqu’ils exploitent les fourmis légionnaires. Au contraire, leurs comportements semblent refléter une interaction complexe entre les conditions écologiques, l’agressivité des fourmis, les traditions locales et la transmission culturelle. Cet article met en évidence la remarquable flexibilité comportementale des chimpanzés de l’Ouest vivant dans des environnements de savane et apporte des preuves supplémentaires que les traditions d’utilisation d’outils chez les chimpanzés sont façonnées non seulement par des contraintes environnementales, mais aussi par des comportements acquis socialement. Cette étude contribue à élargir le débat sur la culture animale, l’évolution de la technologie et l’adaptation comportementale chez les primates. Il est important de noter que cette publication souligne également la valeur scientifique des programmes de suivi non invasifs à long terme, ainsi que la contribution des assistants de terrain sénégalais et des initiatives locales de conservation à l’avancement de la recherche mondiale sur les primates.

2) Nouvelles preuves de l’utilisation du baobab (Adansonia digitata) par les chimpanzés de l’Ouest (Pan troglodytes verus). Publié dans Primates, cet article en libre accès : https://link.springer.com/article/10.1007/s10329-026-01264-1#citeasThis explore l’évolution de la compréhension scientifique de la « culture » chez les primates non humains et met en évidence des preuves de plus en plus nombreuses indiquant que les chimpanzés possèdent des traditions comportementales acquises socialement et transmises de génération en génération. L’article aborde plus particulièrement les comportements complexes de recherche de nourriture par extraction observés chez les chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, notamment le comportement consistant à « marteler » les baobabs, documenté dans le sud-est du Sénégal. Dans ce comportement, les chimpanzés utilisent des surfaces dures telles que des rochers ou des racines comme enclumes pour fendre les fruits du baobab et accéder à la pulpe et aux graines nutritives. Les chercheurs ont observé des variations dans les techniques de martelage ainsi que des signes indiquant que les jeunes individus apprennent ces comportements par observation sociale. Le pilonnage des baobabs revêt une importance particulière, car il reflète à la fois l’adaptation écologique et la diversité culturelle des chimpanzés de la savane vivant dans des environnements hostiles et fortement soumis aux variations saisonnières. Cette étude souligne l’importance de préserver non seulement les populations de chimpanzés et leurs habitats, mais aussi les traditions comportementales uniques et les savoirs culturels présents au sein des différentes communautés.

Un chimpanzé mâle adulte frappe un fruit de baobab contre un rocher tout en le tenant par la tige (Crédit photo : JGI Sénégal)

Ces deux publications sont en libre accès et disponibles gratuitement en ligne. 

Nous sommes également ravis de constater que les sections du JGI qui soutiennent ces travaux de recherche et de conservation à long terme sont mentionnées dans ces publications, ce qui témoigne du rôle essentiel que jouent les partenariats durables dans l’avancement des connaissances scientifiques et la conservation efficace des chimpanzés de l’Ouest en Afrique de l’Ouest.

Merci beaucoup aux équipes du Jane Goodall Institute au Sénégal pour leur travail inlassable et si impactant