Jardin de Truman – été 2026

Photography © Andrea Jones
Ce jardin s’intitule « Le vrai homme sème » = « The True man Sows » : puisant son inspiration dans « The Truman Show » , dont le personnage principal, Truman Burbank, interprété par Jim Carrey, prend peu à peu conscience qu’il vit dans une illusion, sans savoir qu’il est en réalité la vedette d’une émission de télé-réalité.
En évoquant plusieurs étapes clés de ce cheminement, le jardin invite à une prise de conscience différente, environnementale cette fois, plaçant l’humain et ses actions au cœur du récit.

Comme dans le film, le jardin débute dans un environnement maîtrisé et géométrique, où rien ne dépasse : un espace à l’ambiance classique et rassurante, au pavage régulier, mais à la superficialité et à l’anachronisme trompeurs. Des incohérences apparaissent peu à peu, et le chemin se fissure, à l’image de la réalité de Truman qui se délite. Existe-t-il une façon d’habiter, de cultiver le jardin, moins artificielle ? Alors même qu’il se croit libre de ses choix, le personnage se retrouve dans une impasse.

Une ouverture dans le décor invite les visiteurs à s’échapper vers une végétation plus libre, plus foisonnante. Truman tente de quitter son île et de traverser la mer à la recherche de la vérité, avant d’atteindre une nouvelle limite : le bout du monde qui l’enferme. Le ciel n’est qu’une peinture sur un mur. Quelques marches taillées dans celui-ci suffisent à le mener jusqu’à une porte.

C’est là que le film s’achève, laissant le public imaginer la suite. Que va découvrir le personnage principal derrière cette porte en forme de lune ? Une question qui reste sans réponse pour Truman, mais à laquelle le jardin propose sa propre interprétation : la possibilité de choisir sa propre voie, en pleine conscience. Des alternatives existent, que ce soit dans le choix des plantes, les méthodes d’entretien ou les pratiques de réemploi, pour permettre au jardin d’évoluer, de surprendre, et de s’accorder avec celles et ceux qui l’habitent.




Les concepteur·rices

Photography © Andrea Jones
De gauche à droite : Fanny Suère, Paul Grimault, Lucas Leblanc, et Louna Rocquin-Geniez, étudiant·es de l’INSTITUT AGRO RENNES-ANGERS
Avec ce jardin, nous souhaitons inspirer. Ce projet nous a donné l’occasion de concevoir et de créer le type de jardin que nous aimerions voir se multiplier : un espace accessible, accueillant non seulement pour les personnes, mais aussi pour la biodiversité. À l’aide de différents éléments muraux, nous avons pu diviser l’espace en séquences successives, qui suivent le récit de Truman et son éveil, jusqu’à notre idéal de jardin.Tout au long du parcours, nous avons cherché à tisser des liens avec plusieurs notions qui nous tiennent à cœur en tant que futur·es paysagistes-concepteur·rices : l’infiltration de l’eau, symbolisée par l’enrobé que les visiteurs laissent peu à peu derrière eux ; la diversité et la richesse du monde végétal, mises en valeur par des plantes insolites et variées.
Le cheminement du visiteur a été au cœur de la conception de notre jardin ; il lui permet de s’immerger dans notre univers, de découvrir de subtiles références à l’œuvre de Peter Weir dissimulées parmi les massifs, ou encore de se demander quel chemin emprunter… allant jusqu’à suggérer qu’un pas en arrière peut parfois permettre de sortir d’une impasse. Le prix du « Jardin Transposable » décerné par Chaumont résume à lui seul l’essence même de notre jardin : une invitation, progressive et concrète, à repenser l’immense potentiel des espaces jardinés.
– Lucas Leblanc
Biographies
Fanny Suère est née à Nantes et a grandi au cœur de la campagne ligérienne, qui lui a offert son premier contact avec le paysage. Elle a exploré son environnement au gré de ses balades, guidée par sa curiosité et son sens de l’observation. Nantes lui a permis de vivre une expérience sensible des espaces publics, où usages du quotidien et expressions artistiques se côtoient. Son parcours a été guidé par un fil conducteur : le plaisir d’apprendre. Sa formation en ingénierie biologique, spécialisée en agronomie, lui a apporté une compréhension plus fine des fondements du vivant, approfondie lors d’une expérience d’apprentissage aux pépinières La Forêt, où elle s’est familiarisée avec la production horticole. Le paysage s’est imposé à elle comme un terrain d’action idéal pour conjuguer ses domaines d’expertise et concevoir des aménagements respectueux de l’environnement. Elle s’est ainsi tournée vers l’ingénierie du paysage à l’Institut Agro Rennes-Angers, où elle a développé une approche collective et technique des projets, à différentes échelles. Elle a participé à plusieurs projets professionnels et académiques, dont l’exposition étudiante Vingt mille lieux sous le vert (Expo Flo, édition 2024), un stage d’étude de terrain auprès d’une association environnementale au Québec, ainsi qu’au Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. Depuis trois ans, elle travaille également à temps partiel au sein de l’agence de paysage Guillaume Sevin Paysages, où elle contribue à la conception et à la maîtrise d’œuvre de projets.
Louna Rocquin-Geniez : « Depuis toute petite, et grâce à ma famille, j’ai eu la chance de développer ma sensibilité artistique à travers le dessin et la peinture. J’ai toujours aimé représenter ce qui m’entoure et en créer de nouvelles formes, et j’ai longtemps cru que cet attrait me mènerait vers un métier artistique, comme l’illustration ou l’animation. Née à Montpellier, j’ai grandi entourée de mer, de rivières et de montagnes. La nature a toujours occupé une place centrale dans ma vie, et mes proches ont eu la générosité de partager leurs connaissances avec moi, éveillant ma curiosité et ma passion pour le vivant, en particulier pour les plantes. C’est donc tout naturellement que l’univers du paysage s’est imposé au fil de mes études, avec un objectif de départ très simple et naïf : je voulais dessiner des plantes. Après quatre années de formation liées au paysage, dont un BTS Aménagements Paysagers et deux licences professionnelles, notamment en infographie paysagère, ma vision du métier de paysagiste et du paysage lui-même s’est affinée. De nouvelles thématiques sont venues nourrir ma passion pour ce métier, ainsi que mes ambitions. C’est avec ce bagage à la fois technique et artistique que je me suis engagée dans le cursus d’ingénierie du paysage par apprentissage à l’Institut Agro Angers, avec l’ambition de concevoir des projets paysagers innovants, où l’écologie occuperait une place essentielle. »
Lucas Leblanc est né dans le Gers, où il a développé une sensibilité aux paysages et aux milieux naturels au cœur de cette région rurale, notamment sous l’influence de ses parents, tous deux forestiers de formation. Après un baccalauréat général, il a choisi un BTS Aménagements Paysagers, une formation déterminante qui lui a permis d’acquérir une approche technique et concrète du paysage. Actuellement étudiant à l’Institut Agro Rennes-Angers, il est apprenti chez Artifex, où il intervient sur le volet paysager d’études d’impact environnemental, ainsi que sur des missions de conception et de suivi de chantier. Cette expérience, ancrée dans une approche réglementaire et territoriale du paysage, nourrit sa réflexion et enrichit une pratique qu’il souhaite, à terme, orienter vers la conception de paysages à échelle humaine, où le jardin devient un espace intime de dialogue entre nature, usages et sensibilité.
Paul Grimault : «Mon plus ancien souvenir est celui d’un documentaire sur la pêche industrielle, regardé à l’âge de 5 ans, qui m’a fait comprendre la nécessité de protéger le vivant. Ma mère a renforcé en moi ce besoin brûlant, en nous apprenant, à ma sœur et à moi, à respecter le sol, l’eau et l’air. Elle nous a enseigné l’importance d’une alimentation vivante, issue d’une terre riche et vivante, fruit d’un effort collectif entre l’humain et la nature. Je me suis formé au métier de paysagiste-concepteur, y voyant un moyen concret d’aménager les territoires dans le respect de notre environnement, du jardin à l’échelle régionale. J’ai débuté mon parcours par un BTS Aménagements Paysagers, qui m’a permis de découvrir le travail de terrain du paysagiste, puis j’ai intégré le cursus d’ingénierie du paysage, durant lequel j’ai pu envisager des projets fidèles à mon idéal. Participer au Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire a été une occasion unique de concevoir un jardin et de le remplir du vivant qui nous est si cher à tous, et d’aider le plus grand nombre à comprendre la nécessité de le protéger. »
Toutes nos félicitations aux créateur·ices du Jardin de Truman, pour votre créativité, votre professionnalisme, et votre sensibilité, tournée pour la protection du Vivant.
Un immense merci à Andrea Jones pour ces magnifiques photographies, capturées au Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire.