Les 24h de la biodiversité : une aventure humaine, citoyenne et naturaliste
Retrouvez ci-dessous le témoignage de Lara, fondatrice de l’association « Le Murmure du Loriot« , et gagnante du Prix Coup de Coeur du Prix Jeunesse Roots & Shoots 2026, pour l’organisation de son événement « Les 24 Heures de la Biodiversité » :
« Se reconnecter à la nature est la clé si nous voulons sauver notre planète. »
– Jane Goodall
Cette phrase résume particulièrement bien l’aventure des 24h de la biodiversité. Tout
est parti d’une envie simple : faire quelque chose pour ma commune, Villevieille, dans
le Gard, et permettre aux habitants de mieux connaître la biodiversité qui les entoure.
Derrière cette envie se cachent deux années de réflexion, de préparation, de doutes, de
rencontres et de travail. Mais surtout, une conviction : pour protéger le vivant, il faut
d’abord apprendre à le connaître, le comprendre et prendre plaisir à le découvrir
ensemble.

La construction du projet : deux années pour donner vie à une idée
À l’origine, je voulais créer un événement qui permette aux habitants de découvrir leur
environnement autrement. Nous parlons souvent de biodiversité à travers les grandes
menaces qui pèsent sur elle, les espèces menacées ou les changements climatiques.
Ces sujets sont essentiels, mais j’avais envie de proposer une approche complémentaire : montrer ce qui existe déjà autour de nous, au pied de nos maisons, dans nos jardins, nos champs, nos garrigues et nos villages.
C’est ainsi qu’est née l’idée des 24h de la biodiversité. Je souhaitais créer un événement gratuit, accessible à tous les âges, où chacun pourrait découvrir la nature à
son rythme. Pas de parcours imposé ni d’obligation de participer à toutes les activités :
chacun devait pouvoir choisir sa journée, discuter avec les intervenants, poser ses
questions, participer à un atelier ou simplement se laisser surprendre.
L’objectif était également de mettre en valeur les personnes qui font vivre le territoire :
associations, naturalistes, agriculteurs, acteurs locaux et habitants. Je voulais que cet
événement soit un espace de transmission des connaissances, mais aussi de
rencontre et de partage.
La préparation a représenté un travail considérable. Il a fallu structurer le projet,
imaginer les animations, chercher des intervenants, prendre contact avec les
partenaires, organiser la logistique et réfléchir à la manière de rendre les connaissances naturalistes accessibles au grand public. Il ne suffisait pas de parler de
biodiversité : il fallait réussir à la rendre concrète, compréhensible et vivante.
Le rôle de la mairie de Villevieille
La mairie de Villevieille avait une place importante dans cette aventure, puisque le
projet était conçu pour les habitants et leur territoire. Organiser un événement de cette
ampleur à l’échelle communale implique nécessairement un dialogue avec les acteurs
locaux et une réflexion sur l’utilisation des espaces publics.
Le parc de l’Aube, choisi pour accueillir la journée principale, constituait un point de
rassemblement essentiel. Les démarches auprès de la mairie ont notamment
concerné les conditions d’organisation de l’événement, les besoins logistiques et les
équipements nécessaires à l’accueil du public. L’objectif était de pouvoir réunir les
associations et les intervenants dans de bonnes conditions, tout en proposant un
événement convivial et accessible.


Au-delà de la logistique, cette dimension municipale était importante pour moi : je
voulais que la biodiversité ne soit pas seulement un sujet abordé par des spécialistes,
mais qu’elle devienne un véritable sujet de vie locale. Une commune possède ses
propres paysages, ses usages, son patrimoine et ses enjeux environnementaux. Elle
constitue donc une échelle particulièrement pertinente pour agir, sensibiliser et
mobiliser les habitants.
Cette aventure m’a confortée dans l’idée que les initiatives citoyennes peuvent
contribuer à faire vivre un territoire autrement. Une association peut proposer, fédérer
et impulser une dynamique, tandis que les collectivités ont un rôle important à jouer
pour accompagner les projets locaux et favoriser les rencontres entre les différents
acteurs.
La rencontre avec le Jane Goodall Institute France et Roots & Shoots
Le 21 octobre 2025, mon école nous a transmis un message annonçant son
association avec le Jane Goodall Institute France. Je connaissais déjà Jane Goodall,
notamment grâce à ma mère, mais je n’avais pas prévu de participer à un programme
de ce type.
Au départ, j’ai hésité. Je craignais la charge de travail et je me demandais si mon projet était suffisamment intéressant face à ceux des autres candidats. Finalement, le 24 octobre 2025, j’ai rempli le formulaire de candidature. Cela m’a pris moins de quinze minutes, mais cette décision allait ouvrir une nouvelle étape de mon aventure.
Lorsque j’ai appris que mon projet avait été retenu, j’ai eu du mal à y croire. C’est à
partir de ce moment que j’ai découvert l’accompagnement du programme Roots &
Shoots, les échanges avec Daphné et le soutien de ma mentor, Valérie Pierson.
Les mois suivants ont été ponctués de visioconférences, de messages, de conseils et
de préparation. Cet accompagnement m’a aidée à prendre du recul sur mon projet, à
mieux le présenter et, surtout, à prendre confiance en sa valeur. Il m’a permis de
comprendre qu’une initiative locale n’a pas besoin d’être immense pour avoir du sens.
Elle doit avant tout répondre à un besoin, mobiliser des personnes et produire des
effets concrets autour d’elle.
Le 14 avril 2026, lors de la rencontre organisée à la Climate House avec la Fondation
Yves Rocher, j’ai présenté mon projet devant le jury et découvert ceux des autres
finalistes. J’ai eu la chance de recevoir le prix Coup de Cœur Jane Goodall Institute
France / Roots & Shoots 2026. Cette reconnaissance a été une immense joie, mais
aussi un encouragement à poursuivre le travail engagé.

Elle m’a confortée dans une conviction : il ne faut pas attendre d’avoir toutes les
réponses, tous les moyens ou un projet parfait pour commencer à agir.
Le projet réalisé : deux jours de découvertes et de rencontres
Les 10 et 11 octobre 2026, après deux années de préparation, les 24h de la biodiversité
ont enfin pris vie à Villevieille.
À l’approche de l’événement, le stress était bien présent. Est-ce que les gens
viendraient ?
Est-ce que les animations fonctionneraient ? Est-ce que toute l’organisation tiendrait la route ? Comme beaucoup de personnes qui organisent un événement pour la première fois, je craignais que tout ce travail ne rencontre pas son public.
Heureusement, je pouvais compter sur une équipe qui m’a soutenue et aidée à faire
avancer les choses. Cette aventure n’aurait pas eu la même saveur sans les personnes
qui se sont engagées à mes côtés.
Samedi 10 octobre : à la découverte des chauves-souris
Le samedi était consacré aux derniers préparatifs, avant une première animation en
soirée : une balade à la découverte des chauves-souris.
Nous avons commencé par des explications et des jeux pour apprendre à mieux
connaître ces animaux souvent mal aimés. Puis nous sommes partis dans les rues de
Villevieille, équipés d’une bat-box permettant d’écouter leurs ultrasons.

Nous avons eu la chance de les entendre et même de les observer. Je garde notamment en mémoire le belvédère, éclairé par les derniers rayons du soleil, dont la
lumière rouge orangé se mêlait aux silhouettes des chauves-souris en vol.
La balade s’est poursuivie sous la porte du clocher, où nous avons de nouveau pu les
écouter. Puis les questions se sont enchaînées. Alors que l’animation était terminée,
personne ne semblait pressé de partir.
Pour la première fois, je me suis retrouvée à partager toutes mes connaissances sur un
sujet, au point d’avoir l’impression d’avoir épuisé mon savoir. Et j’en étais heureuse.
Ce moment m’a rappelé pourquoi je voulais organiser cet événement. La sensibilisation
ne consiste pas uniquement à transmettre des informations : elle permet aussi de faire
naître la curiosité, de changer notre regard sur des espèces méconnues et de créer des
échanges qui continuent bien après la fin d’une animation.
Dimanche 11 octobre : la biodiversité à portée de tous
Le dimanche matin, le parc de l’Aube s’est animé. Il fallait installer les tables, les
stands, les espaces d’activités et l’exposition, accueillir les associations et préparer
l’arrivée du public. Tout s’est accéléré, entre les derniers réglages et la répartition des
tâches.
À 10 heures, l’événement a officiellement commencé.
Une balade naturaliste autour de la commune était programmée. Je pensais accueillir
un petit groupe, mais je me suis finalement retrouvée avec mon camarade Lucas
devant une trentaine de participants. Une belle surprise, mais aussi un sacré défi !
Nous avons abordé de nombreux sujets au fil du parcours : l’histoire de Villevieille, les
sols, la botanique, l’avifaune et les particularités du territoire. Cette balade permettait
de comprendre que la biodiversité ne se limite pas à une liste d’espèces. Elle est
étroitement liée aux paysages, aux conditions écologiques, aux activités humaines et à
l’histoire des lieux.

La journée s’est poursuivie avec la découverte de la ferme des P’tits Oliviers, en
compagnie de Fabienne, tandis que d’autres participants retournaient au parc pour
profiter des activités et rencontrer les intervenants.


Tout au long de la journée, les échanges ont été chaleureux. J’ai rencontré des
habitants, discuté avec des personnes passionnées, répondu à des questions et
découvert à quel point un événement local pouvait devenir un espace de partage.
Entre les animations, les discussions, les activités et les rencontres, le temps a filé.
Vers 16 heures, nous avons organisé la tombola, dans une ambiance joyeuse. La
journée s’est terminée par quelques mots et des remerciements adressés aux
personnes qui avaient contribué à rendre cette aventure possible.
Au-delà du programme, je retiens surtout les visages, les conversations, les questions
et les moments où les gens prenaient le temps de s’arrêter pour découvrir quelque
chose qu’ils ne connaissaient pas.
Les 24h de la biodiversité n’étaient pas seulement un événement consacré à la nature.
C’était aussi une occasion de renforcer le lien entre les habitants et leur territoire.
Ce que cette première édition m’a appris
Cette expérience m’a permis de mesurer l’importance de la mobilisation collective.
Une idée peut naître dans l’esprit d’une seule personne, mais sa réalisation dépend de
nombreuses autres : bénévoles, intervenants, partenaires, associations, collectivités
et habitants.
Elle m’a aussi appris qu’il faut accepter une part d’imprévu. Il y a les choses que l’on
planifie, celles que l’on doit réorganiser au dernier moment et celles que l’on n’aurait
jamais pu anticiper. Ce sont parfois ces dernières qui deviennent les plus beaux
souvenirs.
Enfin, j’ai compris que la réussite d’une action de sensibilisation ne se mesure pas
uniquement au nombre de participants. Elle se mesure aussi aux échanges qu’elle
suscite, aux connaissances transmises, aux liens créés et à l’envie qu’elle peut donner
de poursuivre la démarche.

Et maintenant ? Faire grandir le projet sans perdre son ancrage local
Les 24h de la biodiversité ne sont pas une finalité. Elles constituent le point de départ
d’une dynamique que nous souhaitons faire vivre tout au long de l’année.
Avec l’association Le Murmure du Loriot, nous souhaitons organiser les 24h de la
biodiversité tous les deux ans. Les années intermédiaires, un concours photographique permettrait de maintenir le lien avec les habitants, de les inviter à observer leur
environnement et de valoriser la richesse du vivant présent autour de nous.
Nous proposons également des sorties naturalistes mensuelles, à vocation éducative
et participative. Chaque sortie est l’occasion de découvrir un nouveau thème,
d’apprendre à reconnaître des espèces, de comprendre le fonctionnement des milieux
naturels et de partager des connaissances sur le terrain.
Notre ambition est de faire de la biodiversité un sujet qui ne se limite pas à une journée
particulière, mais qui s’inscrive progressivement dans les habitudes des habitants.
Nous voulons encourager l’observation, la curiosité et l’envie d’agir à l’échelle de son
quotidien.
De Villevieille à d’autres communes
À plus long terme, nous aimerions que le concept des 24h de la biodiversité puisse être
repris dans d’autres communes.
L’idée serait de permettre à plusieurs associations et collectivités de construire leur
propre programme, en fonction de leurs paysages, de leurs espèces, de leurs acteurs
locaux et de leurs enjeux. Plusieurs communes pourraient également se coordonner
pour proposer, sur un même week-end, différentes activités complémentaires.
Chaque territoire possède une biodiversité particulière et une histoire qui lui est propre.
Il ne s’agit donc pas de reproduire partout un événement identique, mais de
transmettre une idée, une méthode et une envie : faire découvrir le vivant là où l’on
habite.
La mairie de Villevieille et, plus largement, les collectivités locales ont toute leur place
dans cette perspective. Elles peuvent contribuer à faire le lien entre les associations,
les habitants et les acteurs du territoire, et favoriser l’émergence d’initiatives qui
rapprochent les citoyens de leur environnement.
Nous souhaitons que les 24h de la biodiversité restent à taille humaine, même si le
projet se développe. L’objectif n’est pas de rechercher toujours plus grand, mais de
construire des actions pertinentes, accessibles et durables, qui puissent être adaptées
aux réalités de chaque commune.
Continuer à apprendre, transmettre et agir
Cette aventure m’a également fait évoluer personnellement. Elle m’a appris à défendre
une idée, à accepter les doutes, à solliciter de l’aide et à faire confiance à un collectif.
Elle m’a montré qu’il était possible de transformer une envie en action concrète, même
lorsque le chemin paraît long.
L’accompagnement du Jane Goodall Institute France et de Roots & Shoots a joué un rôle important dans cette évolution. Au-delà de la reconnaissance apportée par le prix Coup de Cœur, j’y ai découvert une communauté de personnes engagées, des échanges précieux et une véritable dynamique d’entraide. Cette expérience m’a rappelé que nous pouvons grandir ensemble, apprendre les uns des autres et nous encourager mutuellement à poursuivre nos projets.
Aujourd’hui, je souhaite continuer à développer Le Murmure du Loriot, à renforcer les
liens avec les habitants et les acteurs locaux, et à faire des 24h de la biodiversité un
projet capable d’inspirer d’autres initiatives.
Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Je sais simplement que nous avons
commencé quelque chose, ici, à Villevieille, et que cette première édition nous donne
une raison supplémentaire de continuer.
Car protéger le vivant ne commence pas nécessairement par de grandes décisions ou
de grands moyens. Cela peut commencer par une balade, une rencontre, une question
posée devant une plante ou un animal, une conversation entre voisins, ou une
personne qui découvre qu’elle peut agir à son échelle.
C’est cette démarche que je souhaite défendre : apprendre à connaître le vivant qui
nous entoure, créer des liens entre les personnes et donner à chacun l’envie de
participer à sa préservation.
Ne pas rêver plus grand, mais rêver mieux là où l’on vit avec le vivant qui nous
entoure.
Lara Doufils, Le Murmure du Loriot