Kudia et ses compagnons se sont bien habitués à leur nouveau territoire. Ils connaissent désormais l’île comme leur poche et ont compris qu’ils y étaient en sécurité, à l’abri des chimpanzés sauvages et des braconniers. 

Cependant, ce sentiment de territorialité a causé un conflit important lorsque trois nouvelles femelles, Fani Toueck, Bayokele et Lounama, ont également été transférées sur l’île. Comme elles ne faisaient pas partie du même groupe au sanctuaire, elles n’ont pas été acceptées par Kudia et son groupe. N’étant que trois, elles ont souffert d’attaques répétées de la part des autres chimpanzés plus nombreux, qui essayaient de défendre ce qu’ils considèrent désormais comme leur territoire. Cet événement illustre bien les problématiques que l’on peut rencontrer lorsque l’on cherche une zone pour remettre des chimpanzés en liberté : il faut s’assurer que cette zone n’abrite pas déjà une population de chimpanzés sauvages, qui risquent d’attaquer les intrus.
L’équipe de l’Institut n’a donc pas eu d’autre choix que de ramener ces trois femelles au sanctuaire. Elles doivent désormais attendre que l’île de Ngombe soit aménagée pour pouvoir enfin vivre en liberté…

Il y a quelques mois, l’une des jeunes femelles du groupe de Kudia dénommée Tchivigna a trouvé quelque part sur l’île un hameçon au bout d’un fil, qui avait probablement appartenu à l’un des villageois qui habitaient là auparavant. Ne sachant pas ce qu’elle risquait, Tchivigna a avalé l’hameçon et le fil…Quelques temps plus tard, les soigneurs qui viennent quotidiennement nourrir et surveiller les chimpanzés ont constaté que la pauvre Tchivigna avait un fil qui dépassait de son derrière… et ils ont vite compris du fait de son comportement qu’il devait y avoir un hameçon à l’autre bout !
Les vétérinaires de l’Institut ont donc ramené Tchivigna au sanctuaire pour lui faire passer une radio et ont constaté que l’hameçon était coincé dans ses intestins. Ils ont commencé à l’opérer mais il était situé dans une zone très difficile d’accès et la poursuite de l’opération risquait de mettre sa vie en danger. Le Dr Rebecca Atencia, la responsable du sanctuaire, a donc décidé de stopper l’opération et de garder Tchivigna en observation pendant quelques mois. Au bout de quelques temps, celle-ci ne présentait plus aucun signe d’inconfort ni aucun symptôme d’infection, et l’équipe a donc décidé de la ramener sur Tchindzoulou.

Lorsque Kudia a vu son amie Tchivigna sortir de la caisse de transport, elle était folle de joie ! Les deux femelles se sont serrées dans les bras en poussant des cris d’excitation. Les autres membres du groupe sont également arrivés et ont tous manifesté leur joie de retrouver leur camarade absente si longtemps. Dans la nature, lorsque les chimpanzés d’un même groupe sont séparés un certain temps puis se retrouvent, ils manifestent des émotions très proches de celles des humains dans des circonstances similaires !
À la saison sèche, toutes les zones marécageuses qui recouvrent d’ordinaire l’île s’assèchent et de l’herbe bien verte pousse à la place. Kudia et ses compagnons adorent jouer et se rouler sur ce tapis moelleux ! C’est le moment où tous les chimpanzés peuvent explorer l’île de long en large, parcourant de longues distances et goûtant leur liberté retrouvée.

Un nouveau site réparti sur trois îles du fleuve Kouilou a été identifié, plus adapté et viable sur le long terme, sur lequel l’Institut a entrepris de transférer le sanctuaire. Une fois le transfert achevé, un projet d’écotourisme sera mis en place, qui servira de support à des missions d’éducation des populations locales. L’aménagement de la première île, Tchindzoulou, a déjà bien avancé. Les premiers enclos ont été achevés et les premiers chimpanzés (six femelles) ont été transférés avec succès. D’autres chimpanzés vont être transférés par petits groupes courant 2013. À terme, une soixantaine de chimpanzés vivront en semi-liberté sur l’île, dans deux grands enclos boisés. Ils pourront apprendre à chercher leur nourriture, à construire des nids et à développer les liens sociaux nécessaires à leur survie en milieu naturel et commencer à se déshabituer de l’homme.
L’objectif, dans un second temps, est de réintroduire ces chimpanzés dans une zone protégée, qui reste encore à définir. Le programme de réintroduction nécessite une préparation minutieuse, tant pour sélectionner les individus aptes (études comportementales, examens génétiques et médicaux, etc.) que pour repérer un site naturel susceptible d’accueillir le groupe de chimpanzés réintroduits (étude des espèces végétales présentes, des interactions possibles avec les communautés de chimpanzés sauvages, évaluation des conflits potentiels avec les villageois, etc).

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