Les programmes au Gabon

Programme d’éducation environnementale pour la protection des grands singes

Objectifs poursuivis :
Sensibilisation grand public et éducation des jeunes
Au cours de l’année scolaire 2012-2013, l’antenne Gabon de Institut Jane Goodall France prévoit de réaliser plusieurs campagnes d’éducation environnementale pour la conservation des Grands Singes dans les établissements scolaires du Gabon, à Libreville et dans la province de l’Estuaire.


Ces campagnes ont pour objectifs :

Le renforcement des capacités des professionnels de l’Education Nationale afin de leur donner les moyens d’être autonomes et d’œuvrer pour la préservation de la nature.
L’éducation de 10.000 élèves de primaires à l’importance des chimpanzés et gorilles, et plus généralement de la biodiversité.
La validation des outils pédagogiques développés par l‘antenne Gabon de l’Institut en vue de leur généralisation.

Par ailleurs, l’Institut attache une grande importance à la sensibilisation des autorités, des décideurs économiques et du grand public. A cette fin, différents projets sont développés associant acteurs de la conservation, administrations et partenaires économiques.
Enfin, le renforcement des capacités des acteurs de la protection de l’environnement est nécessaire dans le domaine de l’éducation environnementale et est un des axes de travail de l’Institut au Gabon.

Projets identifiés
Campagnes d’éducation environnementale (CEE) et renforcement des capacités dans les établissements scolaires

  1. Campagne dans 20 écoles primaires publiques de Libreville (6000 enfants)
    Il s’agit de former 16 conseillers pédagogiques de l’Education Nationale pour leur permettre de développer des animations pédagogiques sur les grands singes et la protection de la biodiversité dans 150 classes de CM1 et CM2 de Libreville, avec l’appui de l’Institut. Cette campagne a débuté en octobre 2012 et se terminera en mai 2013. Elle est financée à 100% par la société Tullow Oil Gabon SA. Elle devrait également permettre la création de plusieurs groupes roots & shoots.
  2. Campagne dans 10 écoles catholiques de Libreville (3000 enfants)
    8 conseillers pédagogiques devraient être formés pour mettre en œuvre une campagne sur les grands singes dans ces écoles primaire. Outre les animations sur les grands singes, la campagne prévoit l’édition d’un recueil de poésie et de nouvelles suite à un concours organisé au sein des écoles et la, participation à des ateliers éco-éducatifs. Les financements de cette campagne ne sont pas acquis à ce jour.
  3. Campagne dans 4 écoles publiques conventionnées de Libreville (500 enfants)
    Cette campagne est en cours de discussion avec les écoles concernées et devrait être financée par les écoles elles-mêmes.
  4. Campagne le long de la RN1 sur l’axe Kango-Bifoun (1000 enfants)
    La Route Nationale 1 est la seule route qui permet d’arriver à Libreville depuis l’intérieur du pays. Très fréquentée, elle est un passage obligé pour le trafic de viande de brousse. L’Institut souhaite mener sur 60 km une campagne d’éducation des jeunes en milieu scolaire (au sein des 13 établissements recensés) et de sensibilisation des représentants des autorités locales dans les 13 villages de cette portion. Les financements de cette campagne ne sont pas acquis à ce jour.

Sensibilisation grand public

  1. Manifestation culturelle et scientifique « Les grands singes : une histoire de famille ? »
    Exposition, conférences-débats, projections de films documentaires et de fictions pour le grand public et les scolaires ou de dessins animés pour les enfants, pièce de théâtre, ateliers éco-pédagogiques : un mois de manifestations diverses autour du thème des grands singes et de la famille des Hominidés est organisé par l’Antenne Gabon de l’Institut Jane Goodall France et l’Institut Français du Gabon en partenariat avec l’Alliance Grands Singes Gabon, le Ministère des Eaux et Forêts, l’ANPN. Faire connaître les Grands Singes et faire prendre conscience de leur proximité avec l’Homme et de leur fragilité, tel est l’objectif de cet évènement, première au Gabon. Les financements de cette campagne ne sont pas acquis à ce jour.
  2. Campagne radio
    18 émissions radio sur deux radios gabonaises animées par l’Institut sur les grands singes et la biodiversité vont être enregistrées. Avec les rediffusions, ce sont plus de 50 plages de diffusion. Ce programme est financé par la société DHL international Gabon.

Renforcement des capacités des acteurs de la conservation des grands singes

  1. Formation des ONG locales
    Suite à une première formation de membres d’ONG locales en novembre 2011 à l’éducation environnementale pour la conservation des GS, l’antenne Gabon de l’Institut souhaite organiser en 2013 une session de niveau 2 afin de poursuivre le renforcement des capacités de ces ONG. La formation aura lieu au parc de la Lékédi, centre d’accueil de GS orphelins. Un accord de principe de financement a été donné par ECOFAC.
  2. Formation des agents des Eaux et Forêts
    Il s’agit de renforcer les compétences des agents des Eaux et Forêts lors de cas de saisie de GS détenus illégalement ou issus de mission de lutte anti-braconnage, en ce qui concerne les aspects réglementaires, sanitaires et sécuritaires, les premiers soins à apporter à l’animal, les procédures de quarantaine, de transfert et d’accueil dans un centre qualifié. Le Ministère est très intéressé par cette formation, d’abord à Libreville puis délocalisée en province dont le financement n’est pas encore acquis à ce jour.

Vers une collaboration renforcée avec l’Education Nationale pour protéger les grands singes du Gabon.

En ce début d’année scolaire, l’Institut relance ses programmes d’éducation environnementale dans les écoles. Afin de conscientiser les élèves de 4ème et 5ème années (CM1-CM2) issus de 20 établissements publics de Libreville à l’importance des grands singes, l’Institut travaille en appui aux conseillers pédagogiques du Primaire. Fournir les savoirs, savoir-faire, supports pédagogiques et le suivi nécessaires à ces professionnels de l’éducation leur permettra de réaliser des interventions sur les grands singes dans les écoles dont ils ont la charge.

Renforcer les compétences des équipes enseignantes offre la possibilité de démultiplier les interventions auprès de la jeunesse gabonaise. Former chaque année de nouveaux conseillers pédagogiques permettra d’éduquer un nombre toujours croissant d’élèves sur l’importance de la biodiversité de leur pays.

« L’éducation environnementale est importante car j’ai découvert beaucoup de choses que je ne connaissais pas, en particulier sur les grands singes. Désormais je passerai tout mon temps à parler de la protection environnementale, par exemple en sensibilisant tous ceux que je verrais jeter des ordures n’importe où »

Suzanne KOUMBA
conseiller pédagogique
circonscription Centre

« Avant je ne maîtrisais pas profondément la valeur des grands singes. Mais j’ai fait de grandes découvertes sur eux, à travers leurs rôles dans la nature. Je suis maintenant mandaté par l’éducation pour sensibiliser, former et éduquer les citoyens pour protéger la nature »

Judes MBA ANGONE
conseiller pédagogique
circonscription Nord

La particularité de l’Institut Jane Goodall : la formation du corps enseignant
Cinq jours de formation ont été dispensés au cours du mois d’octobre 2012 par l’Institut Jane Goodall et ont permis de renforcer les compétences de 14 encadreurs pédagogiques à la méthodologie d’éducation environnementale. Parmi les connaissances abordées, quelques-unes ont surpris les participants : troublés par les nombreuses similitudes de comportement existant entre les Chimpanzés, les Gorilles et notre propre espèce, ils ont découvert avec fascination le rôle de disséminateurs naturels que jouent les grands singes de leur pays. Accompagnés par l’Institut, ils disposent désormais des moyens, jusqu’à fin décembre, pour éduquer 6000 élèves.

« Il existe des interactions entre tous les êtres vivants, la disparition de l’un entraînant inévitablement la disparition des autres »

Gertrude OBE ASSAMA
conseiller pédagogique
circonscription Est

« Il est possible de vivre sans détruire la nature. En la détruisant, on se détruit soi-même car tout est lié »

Florentin MIKALA
conseiller pédagogique
circonscription Sud

Un travail en classe en deux temps : animations pédagogiques suivies de leçons de sciences
Après un premier temps classique d’animations pédagogiques sur les grands singes réalisées par les conseillers formés entre les mois d’octobre à décembre 2012, des leçons seront développées par les enseignants de janvier à avril 2013 dans le but de renforcer le message de conservation de la biodiversité et l’approche scientifique à l’école (se questionner, émettre des hypothèses puis les vérifier).

L’Institut Jane Goodall a à cet effet élaboré, avec un conseiller pédagogique de la Coopération française, des documents pédagogiques sur la famille des Hominidés qui ont été validés par l’Institut Pédagogique National. Reprenant des thèmes inscrits dans les programmes scolaires (classification du vivant, chaîne alimentaire, évolution), ces supports (cahier de l’élève et livre du maître) permettront aux enseignants de développer de nouvelles leçons en s’appuyant sur une méthodologie sollicitant le raisonnement des enfants et permettront à ces derniers d’aller plus loin dans la compréhension du monde vivant et de l’interdépendance des êtres vivants.

Document déclencheur utilisé avec les élèves pour
qu’ils expriment leurs connaissances sur les grands singes
(phase de « représentation des apprenants »)
Pour rappel, l’Institut Jane Goodall avait l’an dernier formé 6 conseillers pédagogiques et éduqué 2.700 enfants issus de 10 écoles publiques de Libreville. Cette année, l’appui financier d’un partenaire local, la société Tullow Oil Gabon SA, permet d’accroître le nombre de bénéficiaires de cette campagne et de poursuivre l’éducation en proposant des modules d’enseignement complémentaires sur les grands singes.

Les programmes d’aide aux populations

Notre projet consiste également à développer des stratégies de gestion durable des ressources naturelles dans les villages gabonais.

Le Programmes de Conservation des chimpanzés en partenariat avec les communautés locales (CCC)

La gestion des ressources naturelles est souvent perçue par les communautés locales comme l'expression d'une politique autoritaire en contradiction avec les cultures traditionnelles. L'Institut Jane Goodall estime que les populations locales sont les gardiens immédiats des ressources naturelles. Il y a peu de chances de protéger les ressources naturelles et de mettre en place une politique de développement durable sans une association sérieuse et équilibrée avec les communautés locales.
Notre programme de Conservation Centrée sur les Communautés (CCC) permet aux communautés locales de devenir des partenaires privilégiés des programmes de l'Institut Jane Goodall et d'acquérir un rôle essentiel dans la gestion des ressources naturelles garante pour elles d'un avenir meilleur.

Implication des communautés locales :

Le programme CCC attribue aux communautés locales gabonaises des outils nécessaires à une gestion de leurs ressources naturelles capable de leur apporter une prospérité économique et environnementale. En augmentant les compétences locales, les responsabilités et la participation à la gestion durable des ressources, les communautés s'investissent avec fierté dans la protection de leur environnement et de la faune sauvage locale. La mise en place de mesures locales d'incitation à la préservation des ressources naturelles est nécessaire à la réussite de tout projet. En confiant aux communautés locales la responsabilité de gérer les ressources naturelles et en les invitant à participer à tous les niveaux de nos projets, nous avons réussi à améliorer leurs conditions de vie tout en prônant le besoin de préserver la biodiversité au bénéfice de tous.

En mettant l'accent sur la capacité de chaque individu à contribuer par des actes éclairés et bienveillants à l'amélioration de l'environnement pour tous les êtres vivants, et en offrant aux populations la possibilité de mettre en place des modes de vie durables, l'Institut Jane Goodall revendique une approche holistique de la conservation, guidée par la certitude que l'avenir de notre planète dépend des actes de ceux qui la peuplent. Tous nos programmes ont pour but d'améliorer les conditions de vie des populations vivant aux abords de nos sanctuaires ou réserves, tout en favorisant la conservation et la compréhension du besoin de préserver la biodiversité de la zone au bénéfice de tous ceux qui y vivent.

En impliquant les communautés dans le processus de conservation, nous pouvons susciter une meilleure compréhension des populations et agir en même temps sur les causes sociales et économiques profondes qui influent sur les communautés.

Éducation et participation des plus jeunes :
La mise en place de programmes d'éducation à l'environnement, au sein des communautés locales gabonaises qui ont un accès limité à ce type d'informations, est un moyen efficace d'améliorer les chances de succès de nos programmes à long terme. Dans les zones où la conservation est un sujet de préoccupation, il n'est pas rare de rencontrer des enfants qui n'ont jamais été confrontés à la beauté ou aux merveilles de leurs propres richesses nationales. Les enfants qui ne sont pas en contact direct avec la vie sauvage et ceux qui ont appris à considérer les animaux sauvages comme des destructeurs de récoltes ou comme un fléau qu'il faut éradiquer, n'ont souvent pas pleinement conscience de l'importance des objectifs de conservation.
Le fait d'habituer les enfants, dès leur plus jeune âge, à comprendre et à apprécier l'importance de tous les êtres vivants et les liens étroits qui les unissent, peut avoir un effet positif sur leur manière de penser et favoriser une compréhension et un intérêt profonds pour le monde qui les entoure. Les programmes d'éducation à l'environnement encouragent les jeunes à apprécier la valeur de tous les êtres vivants et posent les jalons nécessaires pour favoriser leur implication future dans des projets visant à la fois la protection de l'environnement et le développement des communautés humaines.

Roots & Shoots
Le programme d'éducation environnementale et humanitaire à destination des jeunes de l'Institut Jane Goodall, a pour objectif de favoriser le respect et la compassion envers tous les êtres vivants, d'encourager la compréhension de toutes les cultures et croyances et d'inciter chaque individu à mener des actions bénéfiques dans les domaines de l'environnement, de la protection de la faune et du développement des communautés humaines.

Nos programmes africains ont à cœur d'associer les communautés humaines aux projets de conservation mis en œuvre dans les zones où nous intervenons. La création de groupes Roots & Shoots au Gabon est un moyen important d'impliquer les communautés et d'éduquer les plus jeunes aux valeurs de la conservation, tout en s'efforçant de bâtir un avenir durable.

Les programmes de protection des chimpanzés

La population de chimpanzés au Gabon.

La population de chimpanzés d’Afrique Centrale (Pan troglodytes troglodytes) est estimée entre 50.000 et 80.000 individus répartis au Cameroun, en Guinée Equatoriale, au Gabon, en République du Congo, en République démocratique du Congo, en République Centrafricaine et en Angola, sur une aire de répartition couvrant 695.000 km2.

Les forêts gabonaises, au cœur du Bassin du Congo, abritent à elles seules la plus importante population de ces chimpanzés d’Afrique Centrale, estimée à 40.000 individus, soit 50 à 80% de la population mondiale de Pan t. troglodytes !

Le Gabon a dû pourtant faire face à une diminution de 50% de leurs effectifs ces vingt dernières années. La chasse illégale, qui alimente le commerce de viande de brousse et le marché d’animaux de laboratoires et d’agrément tout en laissant derrière elle de nombreux jeunes chimpanzés orphelins, la destruction ou l’utilisation non durable des habitats et, plus récemment, le virus Ebola contribuent fortement à ce déclin.

C’est dire l’importance, pour l’Institut Jane Goodall, d’être présent au Gabon pour participer à l’amélioration des connaissances et à la protection des chimpanzés !
Nos ambitions au Gabon sont élevées, mais les 40.000 chimpanzés le valent bien !

Travailler à la protection des chimpanzés, c’est essayer d’enrayer les menaces qui pèsent sur les populations de chimpanzés en milieu naturel, mais c’est également sauver et améliorer les conditions de vie des chimpanzés captifs.

L’Institut Jane Goodall n’ouvrira pas de sanctuaire pour chimpanzés au Gabon.

Néanmoins, nous avons d’ores et déjà commencé à travailler avec un programme d’accueil existant pour analyser les causes et réduire l’ampleur pressentie du phénomène des chimpanzés orphelins au Gabon.

En collaboration avec ce programme, nous avons un triple objectif :

  • sauver les bébés chimpanzés, qui sans notre intervention, risquent fort de mourir;
  • soigner les orphelins;
  • préparer leur avenir par un programme de réintroduction en milieu naturel.

Ce programme de protection des chimpanzés captifs sera accompagné d’une campagne nationale d’information et de sensibilisation sur les risques et les sanctions encourues en cas de détention d’un chimpanzé ainsi que des propositions de développement du cadre juridique légal.
Nous voulons également mieux connaître les populations de chimpanzés sauvages afin de mieux les protéger.
Le dernier recensement exhaustif des chimpanzés au Gabon date de 1983 ! A cette époque, Caroline Tutin (membre du Conseil scientifique de l’Institut Jane Goodall France) et Michel Hernandez ont estimé le nombre de chimpanzés vivant au Gabon à 64.000 chimpanzés (± 13.000). Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Gabon dispose depuis 2002 d’un réseau de 13 parcs nationaux couvrant près de 11 % de son territoire. Des données sur les grands singes existent dans certains parcs nationaux grâce au travail d’ONG ou d’instituts de recherche. Cependant, tous n’ont pas été couverts par ces études. De plus, de nouveaux inventaires permettraient de connaître l’évolution des populations de chimpanzés : ont-elles augmenté, stagné ou diminué (ce que l’on redoute du fait du braconnage, de l’exploitation forestière ou de l’émergence d’épidémies telle Ebola dans le nord-est du pays) ? Ces connaissances sont essentielles pour nous permettre d’adapter nos programmes de protection.

C’est pourquoi, dans un premier temps, nous réaliserons dans les prochains mois un inventaire des chimpanzés dans trois des aires protégées parmi les plus prometteuses. Nous envisageons par la suite d’étendre ces inventaires aux autres parcs nationaux, voire à l’ensemble du territoire national. Nous disposerons ainsi d’une base de données fiables et pouvant être comparées, tant dans l’espace que dans le temps.

Dans ces trois premiers sites, nous mettrons en place des équipes chargées de l’observation des différentes communautés de chimpanzés recensées. L’intérêt de ces études est double : mieux comprendre leurs comportements sociaux, les interactions entre groupes, leurs déplacements, mais aussi participer directement à leur protection : lorsqu’une équipe de scientifiques est présente tous les jours sur le terrain, le risque de braconnage diminue fortement !

Enfin, conformément à la politique de l’Institut Jane Goodall, nous développerons des programmes d’éducation environnementale et mettrons en œuvre des projets communautaires au bénéfice des populations locales, principalement autour des trois sites choisis afin de les associer dans la gestion des aires et des espèces protégées.

Sauvetage d’un chimpanzé

Julie, jeune chimpanzé femelle d’environ 3 ans, a quitté Libreville dimanche 7 février 2010 pour séjourner dans un premier temps en quarantaine au Centre International de Recherches Médicales de Franceville, avant de rejoindre définitivement le Parc de la Lékédi à Bakoumba où elle retrouvera ses congénères.

L’histoire de Julie, c’est malheureusement l’histoire de nombreux autres chimpanzés orphelins. Une histoire triste à laquelle nous avons donné une fin heureuse grâce à la mobilisation de plusieurs partenaires de la conservation au Gabon, l’Institut Jane Goodall bien sûr, mais aussi le CIRMF, la SODEPAL (Société d’Exploitation du Parc de la Lékédi), Gabon Environnement, sans oublier l’administration des Eaux et Forêts et la famille de Célestine qui a recueilli et soigné Julie dans l’attente de son transfert.

Julie est originaire du sud ouest du Gabon, dans la région de la Nyanga. Elle a été récupérée par un couple de chasseurs qui a tué sa mère pour le commerce de viande de brousse. Après s’en être occupé quelque temps, le couple, ne pouvant pas faire face aux coûts et soins nécessités par Julie, l’a remise à un écogarde local qui l’a d’abord gardée avec lui, puis a organisé son transfert vers Libreville. Julie a alors séjourné 10 mois à Libreville dans des conditions difficiles à la fois pour elle et pour la famille de Célestine pour qui nourrir et soigner Julie représentait une véritable charge financière.

Julie était attachée toute la journée à une chaîne d’un mètre de long, au pied d’un arbre, dans la cour en terre de la maison. Le soir, Julie était rentrée dans la maison, de crainte que, durant la nuit, elle ne disparaisse ou subisse de mauvais traitements de la part de voisins excédés par ses cris dus aux morsures. La journée, elle chapardait tout ce qui passait à sa portée, au grand dam des passants. Cépendant, pour les enfants du quartier qui jouaient avec elle, c’était un peu comme une « petite sœur ».

Conscients, d’une part, que sa place n’est socialement pas au milieu des humains. D’autre part, que la détention de chimpanzés est interdite par la loi au Gabon, comme toute espèce intégralement protégée (article 92 du Code Forestier de 2010), l’écogarde et sa famille ont alors alerté le Ministère des Eaux et Forêts afin de placer ce chimpanzé à la Lékédi, seule structure accréditée à ce jour au Gabon qui soit capable d’accueillir des chimpanzés dans de bonnes conditions.

Le transfert, après une première tentative en décembre 2009 avortée pour cause de panne de véhicule, a pu être organisé début février 2010, à la grande émotion de la famille qui l’avait recueillie. Pendant que Cécile Martin (Institut Jane Goodall) et Barthélémy Ngoupangoye (vétérinaire CIRMF) faisaient le point avec Célestine sur l’histoire de Julie, son comportement, ses conditions de vie, les soins qu’elle a reçus, ainsi que ses contacts physiques avec les hommes (pour des raisons sanitaires), Julie est montée docilement dans la cage installée pour elle dans la voiture de la Sodepal venue la chercher.

Après des au revoir émouvants, Julie est partie pour Franceville accompagnée par deux agents de la Sodepal et le vétérinaire du CIRMF ayant pour mission de s’assurer des bonnes conditions de transfert et de la santé de Julie tout au long du voyage. Voyage qui s’avéra plus long que prévu, la voiture ayant eu quelques problèmes techniques (un peu d’eau dans le carburant semble t-il !). Partis à 9h dimanche matin de Libreville, c’est à 4h du matin lundi que Julie et ses accompagnateurs ont atteint le CIRMF, épuisés mais tous en bonne santé.

Le premier bilan de santé de Julie montre, à priori, un état sanitaire et physiologique satisfaisant, sans infection susceptible de lui avoir été transmise par l’homme avec qui elle a été en contact durant plus de 2 ans, ni sans infection qu’elle-même serait susceptible d’avoir transmise à l’homme. Les analyses sont encore en cours pour se prononcer définitivement et écarter tout risque sanitaire.

La prise en charge de la quarantaine de Julie (soins, nourriture) est assurée par le CIRMF et la SODEPAL.
Si tout se passe bien pour Julie, elle devrait pouvoir rejoindre le parc de la Lékédi et ses congénères courant avril 2010 après quelques semaines passées en quarantaine au CIRMF. Elle retrouvera entre autres Tarzan, Ebéa ou Cerise, d’autres chimpanzés orphelins issus du commerce illégal de viande de brousse et recueillis précédemment à la Lékédi. On imagine aisément, après une période d’habituation à ses congénères et à la vie en forêt, que Julie sera beaucoup plus heureuse dans ces nouvelles conditions de vie !

Si pour Julie le dénouement est heureux, ce n’est malheureusement pas le cas pour beaucoup d’autres chimpanzés orphelins. Il manque cruellement de places en sanctuaires pour accueillir tous les orphelins recensés ou estimés au Gabon. Par ailleurs, il n’y a pas de prise de conscience de la part des chasseurs et détenteurs de chimpanzés de la nécessité de préserver ces proches cousins de l’homme, qui nous permettent de comprendre notre propre évolution et qui jouent un rôle vital dans le maintien de la forêt équatoriale, et donc dans la préservation de la biodiversité.

Si nos missions au Gabon sont de protéger les chimpanzés en milieu naturel et de sauver les chimpanzés captifs en contribuant à leur offrir un environnement propice à leur développement avec une éventuelle réintroduction en milieu naturel, nous avons aussi pour objectif d’enrayer ce phénomène des chimpanzés orphelins dont les mères ont été souvent tuées dans des conditions atroces, en informant les populations et par un renforcement de l’arsenal juridique.