Entretien avec Peter Singer

L’éthique à table de Peter Singer et Jim Mason

Comment définiriez-vous un régime éthique?
Un régime éthique est un régime qui réduit le mal et, si possible, promeut le bien, pour toutes les créatures la planète douées de sensibilité, aujourd’hui et à l’avenir.
Ainsi, un régime éthique réduirait le mal fait aux animaux et ne contribuerait pas aux problèmes environnementaux sur la planète, y compris les émissions de gaz à effet de serre qui provoquent le changement climatique.

2015-09-16-singerN’est-ce pas un concept pour les sociétés industrielles « riches »?
Le concept lui-même peut être appliqué à toutes les sociétés. Mais évidemment, lorsque les gens sont dans l’incapacité de nourrir leurs familles, on ne peut pas leur en vouloir d’utiliser la seule nourriture dont ils disposent, sans qu’ils se posent de questions éthiques sur leur alimentation. Donc, dans ce sens : oui, vous avez raison, le concept d’une alimentation éthique doit être appliqué quand les gens ont le choix, qu’il s’agisse de choix plus ou moins éthiques.

Comment concilier une alimentation éthique et une alimentation pour une population mondiale en hausse?
Ce n’est pas si difficile, car le régime le plus éthique est le véganisme – et c’est aussi le régime le plus efficace. Il est plus efficace de manger des graines et des plantes directement, plutôt que de les donner pour nourrir les animaux, dont on mangera après coup la chair. La plupart des produits animaliers aujourd’hui viennent des fermes-usines, où les animaux sont confinés et nourris de grain ou de soja. Le monde produit déjà beaucoup plus que ce dont la population a besoin. Le problème vient du fait que les gens qui mangent des animaux nourris au grain, consomment indirectement plus de grain et de soja qu’il n’en faut pour nourrir 3 ou 4 personnes, s’ils étaient consommés directement.

Vous êtes végétarien depuis 1971 et “vegan flexible” aujourd’hui, c’est-à-dire vegan mais pas strictement. Devrions-nous en finir avec le régime omnivore de l’humanité ?

Oui, au moins parmi les gens qui disposent d’un choix d’alimentation suffisamment large et qui peuvent se permettre un régime à base de plantes – ce qui est par ailleurs délicieux et nourrissant.

Ne pas être omnivore, est-ce un choix qui relève de la morale ?

Un régime à base de plantes est bon pour les animaux, bon pour les réserves alimentaires mondiales, bon pour l’environnement et bon pour la santé. Dans ce sens, le choix de ne pas être omnivore peut être motivé à la fois par l’éthique et l’intérêt personnel.

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