Peut-on encore sauver les éléphants ?

Par Jane Goodall

J’ai toujours ressenti une très grande proximité avec l’éléphant, un miracle de la nature. Les éléphants sont des animaux véritablement fantastiques. Leurs vies sociales si complexes, les liens d’affection et de soutien entre les membres d’une même famille peuvent durer toute une vie. D’abord, leur longue jeunesse, lorsque les éléphanteaux apprennent de leur mère et des vieux sages. Ils sont curieux et joueurs. Rien n’est plus amusant que de voir de jeunes éléphants jouer dans l’eau comme des enfants dans la mer. Les éléphants sont extrêmement intelligents et ont la mémoire très longue. Peut-être avez-vous déjà vu l’heureuse retrouvaille entre deux femelles après une séparation cruelle de trente ans! Les éléphants ressentent des émotions similaires aux nôtres, comme la colère, la dépression, le chagrin. Ça ne fait aucun doute : les éléphants sont des êtres rares.

2015-09-15-elephantsS’engager pour les sauver

Mais, alors qu’on pourrait passer de longs moments à admirer ces puissants pachydermes, il est aujourd’hui plus important encore de s’engager pour les sauver, de quelque manière que ce soit. Les éléphants indiens et africains sont en train de perdre leur habitat et ils sont chassés lorsqu’ils traversent les cultures des villages. Les éléphants indiens sont capturés et entraînés avec cruauté pour parader dans les cirques et ils sont aussi transformés en véhicules pour des touristes.

Aujourd’hui, les éléphants africains sont victimes du commerce de l’ivoire. Ils sont massacrés par milliers – 100 par jour en moyenne. L’ONG créée par Iain Douglas Hamilton, Save the Elephants, estime qu’entre 2010 et 2012, en moyenne 33 000 éléphants ont été tués par des braconniers chaque année. Plus de 64% des éléphants d’Afrique Centrale ont disparu pendant la dernière décennie. Et en Tanzanie, où le braconnage atteint des niveaux dramatiques, le nombre d’individus estimés a chuté de 110 000 à 43 000 ces cinq dernières années. A ce rythme, certaines populations pourraient bien disparaître complètement d’ici à dix ans.

Les éléphants sont tués pour leurs défenses. La demande d’ivoire la plus forte vient d’Asie, et particulièrement de Chine, un pays qui importe des quantités de défenses monstrueuses. A cause de cette demande en hausse, et parce qu’importer de l’ivoire est illégal dans presque tous les pays, le prix de l’ivoire a été multiplié par trois depuis trois ans. Un kilogramme d’ivoire peut atteindre 1914$. Ce trafic est géré par des syndicats du crime organisés, des criminels sans pitié qui travaillent souvent avec les autorités, même aux plus hauts niveaux. Non seulement ils achètent les services de braconniers, mais ils leur fournissent même des armes sophistiquées, ce qui peut-être politiquement dangereux par ailleurs. Parfois, des hardes entières d’éléphants sont tuées, massacrées par des armes automatiques, leurs défenses purement et simplement arrachées de la chair.

La pauvreté n’y est pas étrangère. Pour un paysan pauvre, il est difficile de refuser un pot-de-vin important quand on lui demande simplement de montrer aux braconniers les lieux où sont les éléphants. Certes, beaucoup de rangers sont courageux et dévoués. Nombreux sont ceux qui meurent en faisant leur devoir. Mais la plupart du temps ils sont peu payés et succombent à la tentation de la corruption.

L’éducation et l’information sont les clefs

Ainsi, il faut absolument réduire la demande dans l’hémisphère nord, en Asie et en Europe. Il faut mobiliser l’attention du plus grand nombre de personne sur la cruauté du massacre. J’ai parlé avec beaucoup de gens en Chine, et j’ai été très étonnée de voir qu’ils sont nombreux à croire que les éléphants perdaient leurs défenses tous les ans, comme des cerfs perdent leurs bois. On leur dit aussi que seul l’ivoire des éléphants morts de cause naturelle est utilisé. Entre-temps, de nombreux efforts d’éducation ont été déployés, des acteurs de haut niveau ont joué un rôle important. Nos groupes éducatifs Roots & Shoots montent des campagnes d’éducation en Chine et à Hong Kong. De plus en plus de documentaires sont réalisés, souvent par des équipes qui risquent la prison – voire pire – en travaillant en infiltration pour découvrir la vérité.

J’ai vu des massacres. Que des corps décharnés. Tous ont été tués pour leur ivoire – même les jeunes avec de petites défenses.
J’imagine le traumatisme de ceux qui sont encore là, laissés en vie soit parce qu’ils n’avaient pas de défenses, soit parce qu’ils ont pu s’échapper.

Les éléphants sont courageux. Si une harde se sait en danger, les adultes encerclent les éléphanteaux et les mères, attentives, sont prêtes à charger. Mais il n’y a pas de protection contre les balles. Nous, les Hommes, sommes en train de les détruire; nous, les Hommes, devons les protéger. On ne pourra espérer les sauver de l’extinction que si nous travaillons tous ensemble.

Jane Goodall, Ph.D., DBE
Fondatrice de l’Institut Jane Goodall
Messager pour la paix des Nations-Unies

Traduction de l’anglais par Olivier Van den bossche
Photo © Jeroen Haijtink

Que faire?
Avoir conscience de cette crise majeure et la faire connaître au plus grand nombre, notamment les plus jeunes, par les réseaux sociaux.

Soutenir les organizations qui se battent sur le terrain pour sauver les elephants:

savetheelephants.org
http://www.ifaw.org (International Fund for Animal Welfare)

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