Entretien avec Jean Jouzel

« 2 degrés et nous pourrons nous adapter à l’essentiel »

Comment est né cet objectif de stabilisation du climat à 2 degrés ?
Cette idée de stabiliser le climat à 2 degrés Celsius d’augmentation des températures est une décision politique prise par la Convention climat des Nations-Unies (UNFCCC). Elle se fonde sur les travaux scientifiques du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] qui présentent différents scénarios d’évolution du climat d’ici la fin du siècle. Le 4ème rapport du Giec évoquait déjà cet objectif mais c’est à partir du 5ème sorti en 2013 et 2014 que les chercheurs l’étudient et proposent des solutions concrètes pour parvenir à stabiliser l’effet de serre.
L’Europe a joué un rôle important dans la genèse de ces 2 degrés, évoqué dès 2005 lors d’une conférence qui s’est tenue à Exeter. Cet objectif a ensuite été discuté lors de la conférence de Bali en 2007 avant d’être mentionné dans l’accord de Copenhague en 2009 et définitivement adopté à Cancun en 2010.

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2 degrés, un chiffre simple pour parler au plus grand nombre ?

Ces 2 degrés constituent effectivement un symbole fort et facile à comprendre pour tout le monde. Il fallait fixer une limite en gardant bien à l’esprit que cela ne doit en aucun cas être réducteur en se disant qu’en dessous de 2 degrés tout va bien et au dessus tout va mal. Tout est progressif. L’idée de ce seuil est d’expliquer que si on parvient à le maintenir, nous pourrons nous adapter pour l’essentiel.

Quels sont concrètement les enjeux de ces 2 degrés ?
Avec une telle hausse limitée des températures, on espère possible de s’adapter au réchauffement climatique. Si la hausse atteint les 4 degrés d’ici la fin du siècle, alors le réchauffement sera lourd de conséquences et tous les voyants seront au rouge. En limitant à 2 degrés, certes les océans feront face à une acidification accrue qui affectera la majorité des coraux et la montée du niveau des mers atteindra 30 à 40 centimètres en moyenne, mais cela se fera progressivement, laissant le temps à la communauté scientifique de préparer notre adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

Où en sommes-nous de cet objectif aujourd’hui ?
Depuis le début de l’ère industrielle, les températures moyennes ont augmenté de 0,6 degré Celsius. Il nous reste donc 1,4 degré si on regarde les températures. Si on observe en revanche les quantités de gaz à effet de serre émises, il nous reste de 20 à 25 années d’émissions de gaz carbonique au niveau actuel (le plus haut jamais enregistré dans l’histoire humaine).
Le rapport du Giec établit une relation très claire entre le niveau de stabilisation à long terme et la quantité cumulée de gaz carbonique qui sera émise par les activités humaines. On sait que si on ne veut pas aller au-delà de 2 degrés, il ne faut pas émettre dans le futur plus de 800 milliards de tonnes de CO2. Le message de la communauté scientifique est très clair : si nous voulons limiter à 2 degrés la hausse des températures moyennes du globe, nous ne devons pas utiliser plus de 20% des réserves de combustibles facilement accessibles sous nos pieds.

Quel est le calendrier ?

Ces 2 degrés se découpent en trois périodes. D’ici 2020, il faut déjà infléchir l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Entre 2020 et 2050, il faudrait les diviser par deux, mieux par trois puis parvenir à la neutralité carbone à la fin du siècle.

Qu’attendez-vous de la COP21 ?
Par solidarité internationale il faut qu’il y ait un maximum de pays à s’engager, bien sûr de façon différenciée mais on est encore loin du compte et certains pays font encore de la résistance.

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